L'Invincible été

05 janvier 2018

1. Tintare

- Si tu ne te dépêches pas Oliver, je te jure que tu recevras une gifle qui sera la plus belle de ta vie ! s'écria la mère du garçon, excédée.

Elle s'appelait Milène, et cela faisait bientôt trente minutes qu'elle attendait son fils dans la voiture. Le moteur tournait. Les valises étaient dans le coffre. La petite sœur attendait à l'arrière en jouant sur son téléphone. Tout était prêt pour le grand départ. Sauf Oliver.

Il ne voulait pas partir de Druhben, sa ville natale. Il appréciait le soleil froid sur les immeubles gris et ternes. Il voulait encore entendre les rugissements incessants des voitures, comme une berceuse durant son sommeil. Il souhaitait continuer à vivre dans ce minuscule appartement aux murs glacés. Et avant tout, il voulait garder ses amis à proximité. La pression qu'il ressentait dans sa poitrine était le chagrin qui menaçait de le submerger. Ses yeux étaient humides. Il ravala les larmes qui pointaient leur nez. Il ne voulait pas pleurer. Un garçon, ça ne pleure pas, pensa-t-il. 

Assis sur le tapis poussiéreux de sa chambre, Oliver était tourné vers la fenêtre et regardait distraitement l'immeuble d'en face. Il n'apercevait que la fenêtre de son "voisin" si l'on puis dire, étant donné qu'ils ne s'étaient jamais parlés, une fenêtre couverte d'un rideau fleuri rouge. Oliver observait le tissus, pensif, se demandant comment vivait son "voisin" à l'intérieur. Il voulait retarder au maximum son départ. Mais lorsqu'il entendit sa mère hurler qu'elle montait lui chauffer les oreilles, il dût se résoudre. Il ferma sa valise en soupirant et descendit les escaliers jusqu'à la voiture. Sa mère se tenait devant l'automobile, les poings sur les hanches, l'air sévère. Elle le fusilla du regard jusqu'à ce qu'il mette sa valise dans le coffre et s'assoie à l'avant. 

- Ce n'est pas trop tôt, grommela-t-elle en démarrant la voiture.

La mère ne perdit pas de temps. Elle s'élança sur les routes, sans prêter attention au regard d'Oliver qui tentait désespérément de s'attarder sur son cher immeuble. Il regardait son ancien habitat s'éloigner, s'éloigner, s'éloigner, et disparaître comme englouti soudain. Il poussa un profond soupir en fermant les yeux.

- Pourquoi ? geignit-il pour sa mère.

- Ne me fais pas me répéter Oliver ! Tu as dix-neuf ans, maintenant, tu devrais le comprendre ! Tu pourrais être dans la même situation plus tard ! 

- Je comprends, maman. Mais ça m'agace...j'en ai le droit, non ? De dire que ça m'agace ?

Ce fut au tour de la mère de soupirer. Elle compatissait pour son fils. Elle aussi avait subi des déménagements avec ses parents étant petite. Mais ce n'était pas un drame, elle le savait pour l'avoir vécu. C'est dur au début. Puis les choses s'arrangent toujours. Son fils le comprendrait un jour, elle en était certaine. De plus, si elle avait pu lui épargner ce déménagement elle l'aurait fait. Elle n'avait pas eu le choix. Le manque d'argent ne lui avait pas laisser le choix. Elle était une femme divorcée et célibataire, et son travail d'infirmière ne lui rapportait pas assez pour continuer de vivre dans cet appartement. Tout son argent disparaissait dans le loyer, et les besoins du quotidien devenaient de plus en plus difficiles à satisfaire. Lorsqu'elle a vu qu'elle ne pouvait plus acheter les céréales préférés de sa fille, elle eut le déclic. Elle a cherché un nouvel appartement...puis elle a cherché une nouvelle maison...elle était alors tombée sur un petit endroit cosy près de la forêt, et non loin du centre de la petite ville de Tintare. Tintare se trouvait à six cent kilomètres de leur ancien appartement. La maison qu'elle avait déniché à Tintare était un endroit parfait pour leur petite famille. Elle espérait tellement que ses deux enfants apprécient le lieu.

Elle roula longtemps. Près de six heures pour atteindre Tintare. 

- "Tintare", non mais quel nom de merde ! gémit Oliver en se couvrant les yeux.

- Hé ! se révolta la mère. Fais attention à ton langage ! Surtout devant ta petite sœur ! J'ai pas envie qu'elle se mette à parler comme toi ! 

La mère jeta un coup d'œil vers la petite derrière, âgée de douze ans et obnubilée par l'écran de son téléphone.

- Anna, n'écoute pas ton frère ! Promets-moi de ne jamais parler comme lui !

- Oui, maman, grogna la fillette en fixant son téléphone.

- Elle parle déjà comme moi, cette crapule ! s'indigna Oliver.

- J'suis pas un crapule ! C'est toi la crapule dans l'histoire, pouilleux, va ! lança Anna, les sourcils froncés.

- Oh, la petite, elle va se la fermer de suite ! répliqua-t-il.

- La petite, tu sais ce qu'elle te dit ? 

- Qu'est-ce qu'elle me dit, hein ? Qu'est-ce qu'elle me dit ?!

- ça suffit ! s'écria la mère d'une voix forte. Cessez vos chamailleries ! 

- C'est lui qui me cherche ! se défendit Anna.

Oliver leva les yeux au ciel, tentant de réfréner son irritation. Déjà que déménager le faisait voir rouge, si en plus sa sœur s'y mettait...

- Voilà, nous sommes arrivés ! annonça la mère avec enthousiasme.

La voiture tourna à un coin de la rue, et apparut alors au loin, presque dissimulé entre de hauts arbres feuillus, une petite cabane en bois surélevée. Lorsque la voiture s'approcha, Oliver vit les petites vitres aux carreaux floutés, l'escalier décrépit, la porte rafistolée, le toit en tuile délavée. Si c'était pour vivre dans un taudis, il aurait pu rester là où il vivait, pensa-t-il amèrement. La mère gara la voiture à côté de la maison. Ils en descendirent tous et sortirent leurs bagages. Ils avaient emmenés peu de chose avec eux, la mère ayant vendu le maximum avant de partir. Ils entrèrent dans la maison, et Oliver soupira. Il regardait avec dégoût la couche de poussière sur les meubles, et les bibelots vieillis qui prouvaient qu'une famille avait vécu là il y a longtemps. Oliver grogna lorsqu'il vit la cuisine. Elle était large, mais avec des carreaux peints en marron et des meubles en bois rongés. Ils allaient devoir réparer tout cela; et par "ils", Oliver savait très bien que c'était lui seul qui allait devoir s'en charger. Sa mère ne connaissait rien en bricolage, et il ne servait à rien de compter sur la petite crapule.

Anna, d'ailleurs couru à travers la maison en criant : "je choisis ma chambre la première !". Lorsqu'elle cria ensuite "J'ai la plus grande ! J'ai la plus grande !", Oliver ressentit une nouvelle vague d'irritation. Il traina sa valise jusqu'à la chambre la plus proche. L'unique fenêtre de celui-ci donnait sur la forêt environnante. Que du vert. Il ne voyait que du vert. Vert. Il espérait finir par aimer cette couleur sinon sa vie deviendrait compliquée. Il analysa l'armoire en bois de sa chambre, dont une des portes était branlante. Il chassa à la va-vite la poussière des étagères, et y plaça ses vêtements. Lorsqu'il s'apprêta à balayer le sol il sentit son portable vibrer contre sa fesse. Il vérifia son téléphone et vit que le message provenait de son ami Émile :  

Émile : Tu me manques <3

Oliver sourit en voyant ce message. Émile était un ami, mais pas seulement...c'était un Ami, son meilleur ami, son âme sœur. 

Oliver : Je meurs sans toi, mon amour XD !

Émile : oh putain, j'adore quand tu m'appelles "mon amour" ! Tu peux pas savoir l'effet que ça me fait ! 

Oliver : Arrête, tu vas me tuer !

Émile adorait jouer à ce genre de jeu. C'était le genre de garçon à être amusé lorsqu'on parlait de sexe, et qui sortait sans cesse des blagues salaces. Depuis le collège, ils ne s'étaient plus quittés...jusqu'à ce déménagement. La séparation a été terrible. Émile avait mal réagi à l'annonce du départ. Il avait évité Oliver durant deux semaines avant de lui reparler. Il s'en était ensuite voulu de s'être éloigné de lui. Puis lors du jour précédent le départ, les larmes avaient coulés. 

Pour Oliver, Emile était de ceux qu'on n'oublie pas.

Il échangea des messages avec son ami longuement, jusqu'à ce qu'Emile lui annonce qu'il devait ranger sa chambre avant que sa tutrice de l'orphelinat ne revienne. Oliver connaissait très bien la tutrice d'Emile et savait à quel point celle-ci était à cheval sur l'ordre. Avec elle, rien ne devait dépassé, tout devait être clair, rangé et propre. Si elle voyait l'état actuelle de la nouvelle maison d'Oliver, elle en ferait une crise cardiaque. 

Oliver rangea son téléphone dans sa poche et se dirigea vers la porte d'entrée.

- Où vas-tu ? lui demanda sa mère.

- Je vais découvrir les joies de la vie en pleine nature ! dit Oliver en feignant l'excitation.

- Tu as ton téléphone avec toi ? s'enquit la mère.

Oliver acquiesça avec nonchalance. Bien sûr qu'il avait son téléphone, celui-ci ne le quittait plus depuis ses premières années de collège. Et maintenant qu'il était loin de ses amis, le téléphone était pour le moment le seul moyen de les contacter.

- Si tu n'es pas revenu dans deux heures, j'appelle la police, lui signala sa mère.

Oliver hocha la tête mécaniquement, et sortit enfin. Il regarda un instant les hauts arbres, immenses et imposants qui s'étendaient face à lui. La forêt était quelque peu sombre, malgré les troués de lumière par-ci par-là. Elle était silencieuse. Cette sorte de silence qui annonce qu'il y a de la vie tout de même. Un silence paradoxal... et assez inquiétant. Oliver ravala son anxiété, bomba le torse, prit un air de petit dur et pénétra dans la forêt. Ce n'est tout de même pas quelques stupides arbres qui allaient l'effrayer tout de même ! Cependant lorsqu'il entendit un bruit de fuite non loin de lui, il sursauta. Dans son mouvement de recul, son pied eut la bonne idée d'entrer en contact avec une gentille pierre. Il s'effondra sur le sol humide. 

Oliver grimaça en sentant une vague douleur lui remonter dans la jambe. Il baissa les yeux et vit la pierre fautive. Elle était parfaitement ronde, comme une boule de pétanque...mais elle semblait faite de verre transparent...la pierre était magnifique. Oliver la prit entre ses mains, la détailla sous toutes les coutures. Une pierre comme celle-là ne pouvait pas être naturelle, ce doit être du plastique, se dit-il, mais le poids de la matière le dissuadait de penser ainsi. La pierre était lourde et tenait dans la paume d'Oliver. Entre les mains de celui-ci, elle renvoyait une douce lumière contre sa peau. 

- Toi, aussi tu as trouvé une pierre de lune ! s'écria soudain quelqu'un derrière Oliver.

Oliver sursauta et s'empressa de se lever. Il se retrouva alors face à un jeune homme légèrement plus petit que lui, blond et mince, avec un regard bleu des plus pétillants. Le garçon esquissait à Oliver un joli sourire en coin, comme amusé par une confidence. Il portait un blouson noir sur une chemise, et un jean noir serré. Le garçon ressemblait davantage à un mannequin qu'à un promeneur.

- Comment ? fit Oliver, déboussolé.

- Tu as trouvé une pierre de lune, toi aussi, répéta le garçon au ralenti.

Oliver baissa les yeux sur la pierre entre ses doigts. C'était donc une "pierre de lune" ce machin ? Joli matériau, oui, joli. Oliver haussa les épaules, un air indifférent sur le visage. 

Sans qu'il lui ait demandé quoi que soit, le garçon blond sortit de sa veste une pierre exactement identique  à celle d'Oliver. Le garçon en semblait particulièrement fier.

- Tu n'es pas d'ici. Ça se voit. On raconte que les pierres sont destinés à faire se retrouver les âmes-sœurs égarés, déclara le garçon avec gravité.

 

Oliver leva les yeux vers le jeune homme, plongeant dans ses yeux bleus. Que voulait donc sous-entendre ce blondinet ? Il n'était tout de même pas en train de flirter avec lui ?...non ! Si ? Oliver en eut un haut-le-cœur. Il n'avait rien contre le fait d'être attiré par un homme, ce n'était vraiment pas un problème pour lui. Mais les avances directes et sans tact le rebutaient. Même s'il ne voulait pas se l'avouer, Oliver était quelque peu fleur bleu. 

- D'où viens-tu ? lui demanda alors le blond.

- De très loin, répondit vaguement Oliver pour tenter de garder cet inconnu à distance.

- Où habites-tu ? 

- Très loin.

- Comment t'appelles-tu ?

- Peu importe, rétorqua avec sécheresse Oliver.

Il s'apprêtait à s'enfoncer dans les bois davantage pour échapper à ce garçon trop curieux, trop présent à son goût. Mais ce dernier insista :

- S'il te plaît, juste ton nom ! 

Oliver soupira, hésita un long moment, puis céda. Le garçon fit alors un large sourire et lui tendit la main :

- Moi, c'est Ralf.

Oliver lui serra la main, et tandis que leurs paumes entraient en contact, les deux pierres qu'ils tenaient de leurs mains libres se mirent à s'illuminer. Une belle lumière blanche se dégageait des pierres et explosait contre leurs visages ébahis. Le cœur d'Oliver battit la chamade, il était perplexe quant à ce qui était en train de se passer. La pierre était-elle vraiment en train de rayonner ? Elle cligna des yeux pour en être certain. La pierre continuait de briller de milles feux.

- C'est la première fois que ma pierre s'illumine ! s'écria Ralf, surpris, mais heureux. 

Les doigts fins de Ralf enserrèrent avec plus de force cette main forte et inconnue. Un frisson lui parcourut la nuque. Et sans qu'il ne puisse le cacher, son regard se teinta d'une excitation folle : Cet instant, il l'avait attendu toute sa vie. Enfin, il avait trouvé son âme-sœur. 

 

blanc bourgeon

 

 

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Binevenu sur mon blog : L'Invincible été, où je publierai des romances homoérotiques.

Alors j'espère que vous aimez les yaoi, boys love et autres textes de ce genre, parce que j'écrirai surtout sur cela ! 

Bonne lecture !

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